Journal des voyages

En construction ! 

L’OCEAN DESTRUCTEUR

“Perfide comme l’onde” a répété de tout temps la sagesse des nations. La mer est une capricieuse puissance qui ne consent pas se laisser enfermer dans la ligne immuable de ses rivages. Secondée par le vent, son terrible auxiliaire, elle se plait à éventrer les digues les plus robustes, à saper les rocs les plus tenaces qu’elle sait entamer. Souvent, par esprit de contradiction, elle se retire pas à pas, abandonnant les ports qu’elle baignait de ses eaux dont elle faisait la richesse. Nombreuses sont les villes qu’elle a délaissées ainsi, et près du Havre, on peut visiter la ville de Harfleur, aujourd’hui dans les terres, dont les murs retenaient les lourds anneaux de fer où s’attachaient au XVIème siècle les grands vaisseaux des flottes de guerre.

Les rafales et les pluies arrachent aux montagnes d’innombrables matériaux que les torrents, les rivières et les fleuves malaxent, divisent et pulvérisent peu à peu, avant de les entrainer à la mer où ils s’accumulent en masses. La mer les reprend à son aise, elle dilue les vases, emporte les sables, dont elle semble se jouer et qu’elle charrie à loisir, obstruant les rades et les baies, ou bien construisant des lignes de dunes sur les plages découvertes. Plus loin elle pousse et ramène sans relâche d’immenses cordons de galets, qu’elle polit patiemment et qui sont, pour ses jours de colère, d’irrésistibles outils de destruction.

Le rivage qui subit tant d’attaquesfurieuses n’est pas stable, lui-même, sur ses fondations. Sur de nombreux points, il s’élève, tandis que sur d’autres, il s’abaisse. Ici, il opposera aux lames une barrière nouvelle, tandis que plus loin il offrira un champ ouvert aux excursions dévastatrices.

La terre est un organisme en continuelles vibrations. Elle se dilate, elle se resserre selon des causes multiples.